« Pourquoi passez-vous ce concours aujourd’hui ? » : comment construire une réponse convaincante face au jury

Lors d’un entretien de concours ou d’examen professionnel, certaines questions paraissent simples. Pourtant, elles sont souvent parmi les plus importantes.
« Pourquoi passez-vous ce concours aujourd’hui ? » en fait partie.
Derrière cette question, le jury ne cherche pas seulement à savoir pourquoi vous souhaitez obtenir un concours. Il veut comprendre la cohérence de votre démarche, mesurer votre motivation, vérifier votre connaissance du grade ou du cadre d’emplois visé et apprécier votre capacité à vous projeter dans de nouvelles responsabilités.
Une réponse comme « pour évoluer professionnellement » n’est donc pas fausse… mais elle est généralement insuffisante.
Voyons comment construire une réponse personnelle, structurée et convaincante.
1. Ce que le jury cherche réellement à comprendre
Le mot « aujourd’hui » est essentiel.
Le jury aurait pu demander :
« Pourquoi souhaitez-vous réussir ce concours ? »
Mais lorsqu’il demande :
« Pourquoi passez-vous ce concours aujourd’hui ? »
il vous invite à expliquer pourquoi votre parcours vous conduit, à ce moment précis, à présenter le concours.
Le jury cherche notamment à identifier :
ce qui a évolué dans votre parcours professionnel ;
les compétences que vous avez acquises ;
les responsabilités que vous avez progressivement exercées ;
les raisons pour lesquelles vous souhaitez désormais franchir une nouvelle étape ;
votre compréhension des fonctions auxquelles le concours donne accès ;
la cohérence entre votre expérience, votre projet et le grade visé.
Votre réponse doit donc créer un lien logique entre trois éléments :
votre parcours → votre situation actuelle → votre projet professionnel.
2. Première étape : partir de son parcours
Une bonne réponse commence généralement par votre expérience.
Il ne s’agit pas de réciter votre CV ou votre présentation de début d’entretien. Vous devez sélectionner quelques éléments permettant de montrer que votre projet de concours s’est progressivement construit.
Vous pouvez évoquer, selon votre situation :
une montée progressive en compétences ;
une diversification de vos missions ;
une meilleure connaissance de l’environnement territorial ou administratif ;
une participation croissante à des projets ;
une prise de responsabilités ;
une expérience d’encadrement ;
une évolution vers davantage d’autonomie ;
le développement d’une expertise particulière ;
une mobilité ayant fait évoluer votre projet professionnel.
L'objectif est de montrer que votre candidature n’est pas improvisée.
Par exemple :
« Au fil de mes expériences, j’ai progressivement élargi mes compétences et développé une vision plus transversale du fonctionnement de la collectivité. Les missions qui m’ont été confiées m’ont également permis de gagner en autonomie et de prendre davantage de responsabilités. »
Cette première partie prépare naturellement la suite.
3. Deuxième étape : expliquer pourquoi « maintenant »
C’est souvent la partie oubliée par les candidats.
Pourquoi ne pas avoir présenté ce concours il y a deux ans ? Pourquoi ne pas attendre encore trois ans ?
Votre réponse doit montrer que vous estimez avoir atteint une étape particulière de votre parcours professionnel.
Vous pouvez expliquer, par exemple, que vous disposez aujourd’hui :
d’une expérience professionnelle suffisamment solide ;
d’une meilleure connaissance de l’administration ;
d’une vision plus précise de votre projet professionnel ;
des compétences nécessaires pour envisager des responsabilités supérieures ;
d’une maturité professionnelle plus importante ;
d’une envie d’élargir votre champ d’intervention.
Vous pourriez ainsi dire :
« Aujourd’hui, je considère avoir acquis l’expérience et la maturité professionnelle nécessaires pour franchir une nouvelle étape. Mes différentes expériences m’ont permis de mieux comprendre le fonctionnement de l’administration, mais également de préciser le type de responsabilités vers lesquelles je souhaite évoluer. »
Le mot « aujourd’hui » prend alors tout son sens.
4. Troisième étape : montrer que vous savez ce que le concours va changer
Le concours ne doit pas apparaître comme une finalité.
C’est un point fondamental.
Réussir un concours n’est pas un projet professionnel en soi.
Le concours constitue un moyen permettant d’accéder à certaines fonctions, responsabilités ou perspectives professionnelles.
Le jury attend donc que vous soyez capable d’expliquer ce que vous souhaitez faire après sa réussite.
Selon le concours présenté, vous pouvez évoquer votre souhait :
d’exercer davantage de responsabilités ;
de participer davantage à la conception ou au pilotage des politiques publiques ;
de conduire des projets ;
d’encadrer une équipe ;
de développer des compétences managériales ;
d’occuper des fonctions plus transversales ;
de contribuer à la modernisation du service public ;
de développer une expertise ;
d’accéder à des missions correspondant davantage à vos compétences et aspirations.
Attention cependant à rester cohérent avec le grade et le cadre d’emplois visés.
Le candidat doit connaître les missions susceptibles d’être exercées après la réussite du concours.
5. Une structure simple pour répondre efficacement
Pour éviter une réponse trop longue ou désorganisée, vous pouvez retenir une construction en quatre temps.
1. Mon parcours
Qu’ai-je appris et quelles compétences ai-je développées ?
2. Mon évolution
Qu’est-ce qui a changé dans mes missions ou dans ma manière d’envisager ma carrière ?
3. Pourquoi aujourd’hui ?
Pourquoi est-ce désormais le bon moment pour franchir cette étape ?
4. Mon projet
Quelles fonctions ou responsabilités est-ce que je souhaite exercer demain ?
Cette structure permet de construire une réponse logique :
« J’ai acquis… → j’ai évolué… → je me sens aujourd’hui prêt(e)… → je souhaite désormais… »
6. Exemple de réponse
Question du jury :
« Pourquoi passez-vous ce concours aujourd’hui ? »
Réponse possible :
« Ce concours s’inscrit dans la continuité de mon parcours professionnel. Au fil de mes expériences, j’ai pu développer mes compétences, gagner en autonomie et mieux comprendre le fonctionnement de l’administration et les enjeux du service public. Aujourd’hui, je considère avoir acquis suffisamment d’expérience et de maturité professionnelle pour franchir une nouvelle étape. Mon projet s’est également précisé : je souhaite évoluer vers des fonctions comportant davantage de responsabilités, participer plus directement à la conduite des projets du service et élargir mon champ d’intervention. Je ne vois donc pas ce concours comme une finalité, mais comme une étape cohérente de mon parcours et comme un moyen d’accéder à des fonctions correspondant davantage aux compétences que j’ai développées et aux responsabilités que je souhaite exercer à l’avenir. »
Cette réponse constitue évidemment une trame. Elle doit être personnalisée.
7. Pour un candidat déjà fonctionnaire : attention à ne pas présenter le concours comme une simple promotion
Une erreur fréquente consiste à répondre :
« Je passe ce concours pour évoluer dans ma carrière et passer au grade supérieur. »
Cette motivation est compréhensible, mais elle reste trop statutaire.
Le jury s’intéresse davantage aux missions qu’au changement de catégorie ou de rémunération.
Il est préférable d’expliquer :
« Mon expérience m’a permis de maîtriser progressivement mes fonctions actuelles et d’acquérir une connaissance solide de mon environnement professionnel. Je souhaite désormais élargir mon champ de responsabilités, notamment en matière de conduite de projet, de coordination et, à terme, d’encadrement. Le concours représente donc pour moi une étape cohérente pour poursuivre cette évolution. »
Vous ne niez pas votre volonté d’évolution. Vous lui donnez simplement une dimension professionnelle plus forte.
8. Pour un candidat externe : démontrer la cohérence du choix de la fonction publique
Le candidat externe doit souvent répondre à une difficulté différente : expliquer pourquoi il souhaite rejoindre la fonction publique.
Il peut s’appuyer sur :
son parcours universitaire ;
ses stages ;
ses expériences professionnelles ;
son intérêt pour l’action publique ;
sa connaissance des missions exercées ;
son souhait de contribuer à des politiques publiques ;
son intérêt pour la relation aux usagers ou le fonctionnement des institutions.
Il faut éviter les réponses trop générales du type :
« Je veux travailler pour l’intérêt général. »
L’intérêt général est évidemment au cœur de l’action publique, mais cette affirmation doit être reliée à un projet concret.
9. Pour un candidat en reconversion : transformer le changement de voie en cohérence
Une reconversion professionnelle n’est pas nécessairement une faiblesse.
Elle peut même constituer un élément intéressant si le candidat est capable d’expliquer :
ce que son parcours précédent lui a apporté ;
quelles compétences sont transférables ;
ce qui l’a conduit vers la fonction publique ;
pourquoi le concours correspond à son nouveau projet.
Il faut éviter de présenter la fonction publique uniquement comme une échappatoire à une situation professionnelle insatisfaisante.
Au lieu de dire :
« Je ne me retrouvais plus dans mon ancien métier. »
Il est préférable d'expliquer :
« Mon expérience précédente m’a permis de développer des compétences en organisation, en relation avec différents interlocuteurs et en conduite de projet. Avec le temps, j’ai souhaité mettre ces compétences au service de missions davantage tournées vers l’action publique. C’est ce qui m’a conduit à construire progressivement ce projet de reconversion et à présenter aujourd’hui ce concours. »
Le changement devient alors un choix construit, et non une fuite.
10. Les réponses à éviter
« Pour avoir un meilleur salaire »
La rémunération peut naturellement constituer un élément d’évolution professionnelle, mais elle ne doit pas être présentée comme la motivation principale.
« Pour avoir une meilleure situation »
Trop vague. Le jury ne sait pas ce que vous recherchez réellement.
« Pour évoluer »
C’est une bonne base, mais immédiatement une question apparaît :
Évoluer vers quoi ?
« Parce que mon responsable m’a conseillé de le passer »
Cela peut avoir participé à votre réflexion, mais votre motivation doit vous appartenir.
« Parce que cela fait plusieurs années que je suis sur mon poste »
L’ancienneté ne suffit pas à justifier une évolution.
« Pour devenir titulaire »
Lorsque cela correspond à votre situation, c’est un objectif compréhensible, mais le jury attend également une motivation liée aux missions et au projet professionnel.
11. Attention aux réponses trop ambitieuses
L’erreur inverse existe également.
À vouloir montrer sa motivation, un candidat peut annoncer des ambitions sans rapport avec le grade présenté.
Par exemple, il peut expliquer qu’il souhaite immédiatement :
diriger une très grande direction ;
encadrer plusieurs dizaines d’agents ;
définir la stratégie globale d’une collectivité ;
devenir directeur général.
Une ambition professionnelle n’est pas problématique. Mais devant le jury, votre projet doit être réaliste, progressif et cohérent.
Vous pouvez avoir une vision à long terme tout en montrant que vous connaissez les étapes nécessaires pour y parvenir.
12. Préparez-vous aux questions de relance
Une bonne réponse peut immédiatement entraîner d’autres questions.
Si vous dites :
« Je souhaite davantage de responsabilités. »
Le jury peut demander :
« Lesquelles ? »
Si vous dites :
« Je souhaite encadrer. »
Il peut demander :
« Pourquoi souhaitez-vous devenir manager ? »
Si vous dites :
« Je veux participer davantage à la conduite des politiques publiques. »
Il peut demander :
« Pouvez-vous me donner un exemple de politique publique qui vous intéresse ? »
Si vous dites :
« Je pense avoir acquis la maturité nécessaire. »
Il peut demander :
« Qu’est-ce qui vous permet de l’affirmer ? »
Chaque élément avancé dans votre réponse doit donc pouvoir être illustré et défendu.
13. La personnalisation fait la différence
Il n’existe pas de réponse parfaite valable pour tous les candidats.
Deux candidats présentant exactement le même concours peuvent avoir des motivations totalement différentes.
L’un peut vouloir évoluer vers l’encadrement.
L’autre peut souhaiter développer une expertise.
Un troisième peut rechercher des fonctions davantage tournées vers la conduite de projet.
Un quatrième peut être en reconversion professionnelle.
Un cinquième peut vouloir donner une traduction statutaire à des responsabilités qu’il exerce déjà.
Ce qui intéresse le jury, c’est avant tout la cohérence entre votre parcours et votre projet.
Le conseil du coach
Avant l’entretien, complétez personnellement ces quatre phrases :
Au cours de mon parcours, j’ai acquis…
Ces dernières années, j’ai progressivement…
Aujourd’hui, je me sens prêt(e) à…
Grâce à ce concours, je souhaite à terme…
Vous disposez alors de la matière nécessaire pour construire une réponse beaucoup plus personnelle qu’une formule apprise par cœur.
Question type jury
Question du jury
« Pourquoi passez-vous ce concours aujourd’hui ? »
Réponse possible
« Ce concours représente pour moi une étape cohérente dans mon parcours. Les expériences que j’ai acquises m’ont permis de développer mes compétences, de mieux connaître l’environnement professionnel dans lequel j’évolue et de préciser progressivement mon projet. Aujourd’hui, je me sens prêt(e) à franchir une nouvelle étape et à exercer des missions comportant davantage de responsabilités. Je souhaite notamment élargir mon champ d’intervention, participer davantage aux projets du service et continuer à développer mes compétences. Je considère donc ce concours non comme une finalité, mais comme un moyen de poursuivre une évolution professionnelle construite et cohérente. »
À retenir : le jury ne veut pas seulement savoir pourquoi vous voulez réussir le concours. Il veut comprendre pourquoi votre parcours vous conduit à le présenter maintenant et ce que vous comptez faire de cette réussite.
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